Après avoir évoqué l’importance de l’étude de faisabilité, puis l’écart entre l’étude et sa mise en œuvre, une question revient naturellement chez de nombreux investisseurs : comment savoir si l’étude que j’ai entre les mains est professionnelle et suffisante ?
Pas de modèle unique, mais des fondamentaux
D’après mon expérience, je déconseille de juger les études selon une forme figée ou une norme fixe quant à leur longueur et à leurs rubriques. Une étude proportionnée à son projet varie selon la taille, l’emplacement et le budget de celui-ci : l’étude d’une petite boutique ne ressemble en rien à celle d’une usine, et l’étude d’un projet sur un marché stable ne ressemble pas à celle d’un projet sur un marché instable. Mais certains fondamentaux ne peuvent être ignorés dans aucune étude, quelle que soit la taille du projet :
1. Le résumé exécutif
Deux ou trois pages qui offrent une vision complète du projet : l’idée, le marché, le montant de l’investissement, le rendement attendu et la recommandation finale. C’est la partie que le décideur lit en premier, et parfois la seule qu’il lit.
2. L’étude de marché
C’est le cœur de l’étude ; elle comprend :
• L’analyse de la taille du marché et de son taux de croissance.
• La définition de la cible et de ses besoins.
• L’analyse des concurrents, de leurs forces et de leurs faiblesses.
• La stratégie de prix, de marketing et de vente.
• Une estimation réaliste du volume de ventes attendu.
La qualité de cette partie dépend de la qualité des données ; c’est pourquoi de nombreuses études nécessitent des enquêtes de terrain et des questionnaires, et pas seulement des chiffres généraux trouvés sur Internet.
3. L’étude technique
Elle précise comment le projet fonctionnera concrètement : emplacement, surfaces, équipements et technologies, étapes d’exploitation et fournisseurs. L’une des questions essentielles auxquelles elle doit répondre est la suivante : quelle est la capacité de production du projet ? Peut-elle être augmentée si la demande progresse, et à quel coût ? Pour les projets qui dépendent de matières premières, l’étude doit examiner leurs sources, leur disponibilité, la volatilité de leurs prix et les solutions de rechange en cas de rupture des chaînes d’approvisionnement.
4. L’étude managériale et organisationnelle
La structure organisationnelle, les postes nécessaires, les compétences requises pour chacun, la masse salariale ainsi que le plan de recrutement et de formation. Beaucoup de bons projets échouent à cause d’une gestion défaillante, et non d’une mauvaise idée.
5. L’étude juridique
Les licences et autorisations nécessaires, la forme juridique de la société et les exigences propres au secteur. Ces obligations varient fortement d’un pays à l’autre, comme j’ai pu le constater en travaillant sur des projets dans différentes régions.
6. L’étude financière
Elle comprend :
• Les coûts d’investissement et d’exploitation.
• Les revenus prévisionnels sur plusieurs années.
• Les comptes de résultat et les flux de trésorerie.
• Les indicateurs d’évaluation, comme le délai de récupération, le seuil de rentabilité et le retour sur investissement.
• L’analyse de sensibilité : que se passe-t-il si les ventes baissent ou si les coûts augmentent ? Et si la demande progresse plus vite que prévu ?
7. L’analyse des risques et des évolutions du marché
Une étude qui n’aborde pas les risques est incomplète. Et aujourd’hui, les risques ne se limitent plus à la concurrence ou à la faiblesse des ventes ; ils incluent également :
• L’inflation et la volatilité des taux de change : l’Égypte, par exemple, a connu plus d’une libéralisation de sa monnaie en une dizaine d’années, ce qui a profondément modifié les coûts des projets et les prix de vente. Tout projet qui importe ses équipements ou ses matières premières doit mesurer l’effet de ces variations sur ses chiffres.
• Le prix et la disponibilité des matières premières : en particulier dans les projets industriels et agroalimentaires dont la rentabilité dépend directement du coût des intrants.
• Les crises majeures : comme la pandémie de COVID-19, qui a interrompu les chaînes d’approvisionnement et fermé des marchés. L’étude doit donc prévoir un plan de gestion des stocks stratégiques, la diversification des fournisseurs et une réserve de trésorerie suffisante pour traverser une crise.
L’étude précise ensuite la probabilité et l’impact de chaque risque ainsi que la manière d’y faire face, puis se conclut par une recommandation claire.
8. Les plans d’expansion et de développement
Une bonne étude ne s’arrête pas au jour de l’ouverture ; elle se projette sur les années suivantes. Comment le projet va-t-il croître ? Quand aura-t-il besoin de s’agrandir ? Et qu’exigera cette expansion en équipements, en personnel et en financement ? Un projet sans vision de son développement risque de ne pas pouvoir tirer parti de son succès lorsqu’il arrive.
Conclusion
Il n’existe pas d’étude idéale valable pour tous les projets, mais il existe une étude adaptée à chaque projet. Une étude professionnelle ne se mesure pas à son nombre de pages, mais à sa capacité à vous aider à prendre une décision claire, fondée sur les chiffres, et à vous préparer à la fois aux fluctuations du marché et aux opportunités de croissance. Vous pouvez consulter un exemple abrégé d’étude de faisabilité que nous avons réalisée sur la page Conseil de ce site. Et si vous avez une étude à faire examiner, ou un projet qui nécessite une nouvelle étude, je serai heureux d’y travailler avec vous.



