Dans mon travail sur des projets de technologie, d’éducation et de services, j’ai remarqué qu’un partenariat public-privé commence généralement par un enthousiasme partagé : un organisme public avec un besoin et une priorité d’intérêt général, et une entreprise privée avec l’expérience et la capacité de réaliser et de financer. Chacun voit chez l’autre ce qui lui manque.
Mais l’enthousiasme seul ne construit pas un partenariat réussi. Ce qui tranche, à mes yeux, tient en deux questions simples à formuler et difficiles à appliquer : les rôles de chaque partie sont-ils clairs ? Et les risques sont-ils répartis équitablement auprès de celui qui est le mieux placé pour les gérer ?
La première impression : « Le privé finance, l’État contrôle »
Cette image sommaire est courante, mais elle ne décrit pas un vrai partenariat. Un partenariat n’est pas un financement d’un côté et une supervision de l’autre, mais une répartition réfléchie des responsabilités sur toute la durée du projet : planification, conception, réalisation, exploitation et maintenance, avec une contrepartie financière et de service claire pour chaque étape.
Pourquoi la clarté des rôles est-elle importante ?
Quand les limites sont floues, des zones grises apparaissent, où les décisions se bloquent et où chacun renvoie la faute à l’autre. Qui approuve les modifications ? Qui supporte le retard des autorisations ? Qui répond aux bénéficiaires ? Ces questions se règlent dans le contrat, avant de devenir des litiges en cours d’exécution.
L’autre facette : des erreurs qui se répètent dans les partenariats
Par honnêteté, je commencerai par les erreurs que je vois se répéter, car les connaître protège un partenariat avant même son démarrage :
• Des objectifs jamais convenus : l’un voit l’objectif comme un service public au moindre coût, l’autre comme un rendement équitable, sans discussion franche.
• Transférer tous les risques à une seule partie : c’est confortable pour celui qui les transfère, mais cela renchérit le coût et affaiblit la volonté de continuer.
• Un contrat général qui ne couvre pas les cas difficiles : évolution de la législation, retard des terrains et des permis, ou fluctuation des coûts.
• Aucun indicateur de performance mesurable : la qualité devient une affaire d’opinion, et rien ne permet de tenir les parties pour responsables de façon objective.
• Négliger la gouvernance après la signature : ni comité de suivi ni mécanisme de règlement des différends, et les petits problèmes s’accumulent jusqu’à devenir grands.
La règle de répartition des risques : à celui qui peut le mieux les gérer
Le principe sur lequel je m’appuie est que chaque risque soit supporté par la partie la mieux placée pour le maîtriser ou le réduire au moindre coût. Un risque ne disparaît pas en étant transféré, mais il est géré plus efficacement lorsqu’il est détenu par celui qui a les bons outils :
• Risques de conception, de réalisation et d’exploitation : généralement plus proches du partenaire privé, car il mène ces activités au quotidien.
• Risques réglementaires, législatifs et d’autorisation : généralement plus proches de l’entité publique, car elle détient la décision.
• Risques de demande et de recettes : ils appellent une discussion à part et peuvent être partagés entre les deux parties selon la nature du projet.
• Risques financiers et de taux de financement : étudiés avec soin, avec un mécanisme de partage de l’impact en cas de forte variation.
• Force majeure et circonstances imprévues : énoncées explicitement, avec des procédures claires pour y faire face.
Cinq éléments d’un partenariat qui fonctionne
• Un objectif commun écrit : formulé clairement avant les détails contractuels, et connu de tous.
• Une matrice des responsabilités : un tableau précisant qui planifie, qui réalise, qui approuve, qui exploite et qui supporte chaque risque.
• Des indicateurs de performance et une rémunération liée au résultat : le service est réellement mesuré, et une part de la rémunération dépend de sa qualité.
• Un mécanisme d’ajustement et de règlement des différends : qui permet de rééquilibrer quand les circonstances changent, sans aller jusqu’à la rupture.
• Une gouvernance claire et de la transparence : un comité conjoint, un suivi régulier et des rapports ouverts aux parties prenantes.
De l’accord au résultat
Un bon partenariat ne s’achève pas à la signature du contrat ; il commence avec elle. Ce qui compte le plus, c’est une exécution rigoureuse : réunions de suivi régulières, rapports de performance, revues périodiques des risques, et la capacité de reconnaître un problème tôt au lieu de le cacher.
Je conseille aux parties de débuter par un pilote limité ou une première phase claire, qui construit la confiance et révèle les points faibles du contrat avant l’extension. La confiance entre les parties se bâtit par l’expérience commune, pas par les textes seuls.
Un partenariat réussi n’est pas celui qui est exempt de risques, mais celui où chaque partie connaît son rôle et son risque et dispose des moyens de le gérer.
Conclusion
Ce que je souhaite que le lecteur retienne, c’est que la clarté des rôles et l’équité du partage des risques ne sont pas des détails juridiques laissés aux avocats, mais le cœur sur lequel repose un partenariat. Lorsqu’ils sont réunis, le partenariat passe d’une relation prudente entre deux parties à un projet commun qui sert réellement les gens.
Si votre entité publique ou votre entreprise étudie un nouveau partenariat, en technologie, en éducation, dans les services ou ailleurs, je serai heureux de construire avec vous une matrice claire des rôles et des risques qui pose les bases d’une coopération équilibrée et durable.



